Timworld, les aventures multiculturelles d'une jeune maman

Timworld, les aventures multiculturelles d'une jeune maman

Humeurs


Rouge est ma douleur, vivre ou subir?

 

J'avais 10 ans... 10 ans, c'est l'âge auquel mon petit corps d'enfant a décidé, tout seul, de devenir celui d'une femme. 10 ans quand pour la première fois j'ai été confrontée à cette douleur. Quelle douleur!

 

Depuis mes 10 ans, je vis 14 jours par mois (au moins) avec des malaises et cette douleur. Cette douleur due aux menstrues, aux règles,  aux "anglais qui débarquent",... bref quelque soit le nom que vous leur donnez, c'est la cause de ma douleur depuis que j'ai 10 ans. Ce n'est plus pour moi un tabou puisque chaque mois, cette douleur se lit sur mon visage et m'empêche d'être à 100% moi. Mes menstrues ne connaissent pas le "soutra". 

 

J'ai bu toutes les décoctions possibles; je me suis lavée avec toutes les plantes que ma mère trouvait pour soulager ma douleur; j'ai fait des bains de vapeur; j'ai mangé des combinaisons d'aliments improbables; j'ai évité certains aliments; j'ai fait des injections qui duraient 20 minutes... 20 minutes parce que ce liquide huileux ne pouvait m'être injecté rapidement, il fallait le faire lentement et une fois par mois pendant 2 mois. J'ai dû m'asseoir pendant 20 minutes au moins une fois par mois avec une aiguille dans la fesse en espérant soulager ma douleur pour que le troisième mois de traitement, j'ai plus mal que tous les mois précédant cette injection.

 

 

Douleur au bas ventre, au dos, à la hanche, paralysie d'une jambe, seins enflés, douleurs ou brûlures à l'abdomen, acné, ballonnements, nausées, bouffées de chaleur, engourdissements des membres, céphalées, fatigue générale, prise de poids,... Chaque mois, mon corps choisit une combinaison de plusieurs de ces malaises et douleurs pour tester ma résistance. Chaque mois mon corps joue à cette loterie insoutenable. Malaises 7 à 10 jours avant les menstrues et 7 jours de douleur pendant.  Avez vous déjà eu mal au point de ne même pas pouvoir pleurer!? C'est possible, croyez moi. J'ai terminé certaines formations en boitant sous l'effet  de cette douleur.  Je vis avec cette douleur la moitié de chaque mois. 

 

Ma douleur a atteint son paroxysme le mois dernier, en Mai 2019, le vendredi 03 Mai plus exactement quand je me suis surprise à hurler de douleur dans ma voiture alors que je me rendais à une formation, sapée et confiante car j'avais en plus une rencontre importante après. Je tenais à ces rencontres mais mon corps non. Je ralentissais ma voiture juste pour crier avant de reprendre la route. Mon seul objectif était d'atteindre une clinique vivante.

 

J'ai atteint la clinique et résultat: intraveineuse de calmant, anti-inflammatoire, échographie (encore) et puis valium parce que rien ne calmait cette douleur. Avant de sortir de chez moi j'avais déjà pris un calmant puissant qui contient entre autre de la poudre d'opium, c'est vous dire... Bilan des examens, je vais bien, en tout cas leurs appareils disent que je vais bien et que mes examens sont normaux. Je ne prends les calmants que quand c'est nécessaire pour éviter les addictions parce que je sais, que les personnes entières comme moi, doivent impérativement éviter les addictions. 

 

>>> A lire https://timworld.blog4ever.com/personne-entiere-tout-ou-rien

 

Je suis passée par différentes phases depuis mes 10 ans. Les principales sont:

- les traitements divers, variés et improbables en médecine moderne et traditionnelle;

- les examens de santé et des bilans réguliers;

- prise de poids 

- puis l'acceptation de la douleur.

 

 

Accepter la douleur ce n'est pas ne pas avoir mal, c'est accepter d'avoir mal et s'y résigner. Un jour, j'ai dit à ma mère que c'est peut être la manière qu'a trouvé Dieu pour me permettre d'expier sur terre mes péchés afin de de les alleger. Je ne peux pas souffrir pour rien.... Elle s'est dit que la douleur me faisait délirer. Mais il faut atteindre un certain stade de la douleur pour donner une raison à sa douleur.

 

Penser ainsi m'a aidé pendant 8 ans à accepter ma douleur et à ne prendre aucun traitement. Certains médicaments me créaient plus de malaises et de douleurs que mes maux de bas ventre et j'avais peur des conséquences de tous ces calmants sur ma santé. D'ailleurs au bout de quelques mois d'utilisation je développais une résistance à ces médicaments et à la douleur. J'ai arrêté mes traitements le jour où, sous l'effet de la douleur, j'ai pris une double dose de calmant, frôlant ainsi une overdose.

  

 http://www.firstperiod.org

 

8 ans après, j'ai compris enfin que rien ne justifiait de subir une telle douleur. RIEN! J'ai écouté une émission radiophonique sur l'endométriose sur RFI qui m'a bousculé. Après différents examens je n'ai pas de signe visible d'endométriose mais j'ai toujours autant mal. Je cherche et je trouverai la cause et la source de cette douleur qui m'handicape la moitié de chaque mois, de chaque année de ma vie. Mes seuls moments de répit étant mes grossesses, si on peut appeler ça répit...

 

Chaque mois, j'ai pour moi, environ 17 jours de pleine forme, quand aucune autre maladie ne m'affecte. Ce sont ces 17 jours où je suis au top qui me permettent de mener efficacement toutes mes activités. Alors imaginez moi avec 100% de mes capacités chaque mois cool.

 

Vous êtes une femme ou un homme, vous avez des sœurs, des filles, des tantes, des mères, ne soyez pas sourds à leur douleur. Entendez leur douleur, écoutez les, réconforter les car même si vous ne pouvez pas mettre fin à leur douleur vous pouvez les soulager en entendant leur douleur et en leur apportant de l'attention. Surtout allez consulter et dites à vos proches qui en souffrent de le faire. Les allusions misogynes et désobligeantes ou les blagues pour désigner une femme ou une personne irritée, du type "elle doit avoir ses règles" ne m'amusent pas. Chaque mois nos corps subissent des bouleversements extraordinaires qui pour certaines s'accompagnent de douleur, de prise de poids subite, désolée de ne pas être à ce moment là, au top de notre humour ou plutôt au niveau de ce degré d'humour douteux. 

 

>>> A lire https://timworld.blog4ever.com/confiance-en-soi-l-importance-des-reserves-d-amour

 

"Les douleurs menstruelles touchent de 50 % à 80 % des femmes fécondes, selon le groupe d’âge. De ce nombre, de 5 % à 15 % des femmes sont suffisamment incommodées pour devoir modifier leurs activités quotidiennes (repos forcé, absentéisme scolaire ou professionnel)." (1) En Afrique, 1 fille sur 10 rate l’école lorsqu’elle a ses règles, selon des chiffres de l’Unesco en 2014. Ces chiffres doivent nous interpeller tous. Rassurez vous que dans votre entourage vos filles,  mères, épouses, sœurs, nièces, cousines, amies, domestiques, proches, ... peuvent s'offrir ou confectionner dignement des serviettes hygiéniques. Ne pensez pas que ça narrive qu'aux autres ou au plus démunis. Des millions de filles dans le monde ratent chaque mois l'école à cause de leurs menstrues qu'elles aient ou pas des douleurs pendant cette période. 

 

Il est important de savoir que NON, NON et NON il n'est pas normal d'avoir mal quand on a ses règles. Ce n'est pas normal, contrairement à ce que nos cultures nous ont fait croire. Croire qu'une femme doit souffrir pour être heureuse et que notre souffrance est normale, NON! "Ça va passer après ton accouchement" me disait on, j'ai 3 enfants, dont des jumeaux et j'ai plus mal qu'avant mes grossesses. Pour certaines c'est passé, pour d'autres non, dont moi. Maintenant on me dit "tu verras que tu vivras une menaupose sans malaises", l'espoir fait vivre... Cherchez et trouvez la cause de cette douleur, ne vous résignez pas. Ne nous résignons plus! Je cherche toujours à mettre un nom sur ma douleur, à y mettre fin et ce jour arrivera. Ce mois, outre mes traitements modernes habituels,  je teste une cure de poudre et de graines de moringa, dans tous les cas ça me fera du bien. Si ce n'est  pas l'endométriose c'est autre chose ... Je ne me résignerai plus. 

 

"L'endométriose est une maladie gynécologique méconnue, bien qu'elle touche 180 millions de femmes dans le monde (une femme sur 7 en âge de procréer et 20 à 50 % des femmes infertiles). Elle apparaît au cours de la période de fécondité de la femme, soit entre 16 et 50 ans." (2) Elle est cause d'infertilité et ces femmes subissent une double peine. J'ai eu 3 enfants, malgré mes douleurs et tous les troubles que cela a occasionné mais je pense à toutes celles qui sont en quête de maternité. Toutes celles qui subissent des traitements et des expériences physiques et psychologiques douloureuses juste pour pouvoir un jour donner la vie. Vous êtes des superwomens smile

 

 

 

Je sais par cette expérience mensuelle et cyclique que chaque chose à une fin. Je sais que la vie est un cycle et qu'il nous appartient d'en faire ce que nous voulons. VIVRE ou SUBIR? SE BATTRE ou SE RÉSIGNER? J'ai décidé de VIVRE et de profiter de mes 17 jours de pleine forme et de chaque moment. Et vous que décidez vous? 

 

Tim

 

Liens de référence:

 

(1)https://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=dysmenorrhee_pm

 

(2)  https://www.google.com/amp/s/www.sciencesetavenir.fr/sante/systeme-sanguin/1-femme-sur-7-est-concernee-par-l-endometriose_19441.amp

 

https://youtu.be/rt0Mc4DTeZU

 


13/06/2019
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Décodage

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By carnetsdubusiness.com 

 

Ouagadougou, veille de mon déménagement à Bamako, je suis sur le point de boucler mes courses pour le voyage, je me gare devant un GAB (guichet automatique), je sors de la voiture, je salue l’agent de sécurité et j'entre dans le GAB. Sans stress j'ouvre mon sac, je sors ma carte, je suis sereine, fatiguée par les rangements mais je suis plutôt zen, j'introduis la carte dans le guichet, l'écran s'affiche, je lis “ENTRER CODE PIN” et là c'est l’AMNESIE… J’ai oublié mon mot de passe, je réfléchis mais rien ne me vient.

 

Je regarde le guichet, le guichet me regarde. Je tape un code sans conviction, évidemment ce n'est pas le bon, j'essaye de rassembler mes idées, j’entre un second code “CODE INVALIDE”. Me viennent maintenant des brides de chiffres, j'ai le code… mais dans le désordre. Je retire la carte pour réfléchir, je sors de mon sac mon cahier de notes de l'année, je lis chaque page, je sais très très bien que je n'y aurait jamais noté mon code mais je me dis “sait-on jamais, dans un moment d'égarement j'ai peut être pu le noter même en codant le code”, je suis à la page de couverture et rien, évidemment !

 

Je sors du GAB, je retourne dans la voiture pour y chercher l'autre téléphone plus ancien et je fouille dans mes notes numériques à la recherche de ce fichu code, rien! Je reviens dans le GAB, je l'ai découvert après mais à ce moment j'avais 3 bons chiffres sur les 4 et dans le désordre toujours. J'essaye une des combinaisons, la seconde , la troisième, toujours rien. Je retire la carte pour qu'elle ne soit pas avalée ou bloquée, ce serait la totale. J'ai des courses à finir, du personnel à payer… Je sais que mon argent est dans cette machine, j'ai ma carte mais impossible d'avoir un billet.

 

>>> A lire Plaisir d'offrir, joie de recevoir !

 

Je me résous à partir en lorgnant le guichet. L’agent de sécurité qui m'a vu aller et venir, parler seule, introduire de nombreux codes et qui a sûrement entendu plusieurs bips a dû se dire “voilà encore une qui a dérobé la carte de son conjoint et qui cherche maintenant le code”, du moins c'est ce que je me suis dite en le voyant m’observer. Je me trompe sûrement mais que voulez vous, j'étais à cet instant là très susceptible.

 

>> A lire Parlons popote, parlons bien!

 

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By championofmyheart.com 

 

Il est 16h30, l'agence bancaire est fermée. Je réduis mes courses et me rends chez mes frères où je raconte l'histoire à une de mes nièces qui en rit aux larmes. Que voulez vous, moi même j'en ris surtout en sachant que j'ai les chiffres mais dans le désordre. Cette nuit là, me sont revenus tous mes cours de probabilité. J'ai noté les chiffres, j'ai tenté des combinaisons et j'ai dormi. Connaissant mon niveau en mathématique générale au lycée, c'était vraiment mieux pour moi de dormir …

 

>>> A lire Et si j'essayais?

 

Le voyage est pour le début de l'après midi. Ma co-belle soeur vient me dire au-revoir et c'est elle qui me conduit à la banque. Aller dans une agence bancaire, quelques heures avant de voyager, c'est vraiment tout ce que je n'aime pas d'autant plus que tu sais toujours quand tu y entres mais tu ne sais jamais quand tu pourras en ressortir. Je vois la très sympathique agent de banque qui me fait remplir les fiches pour réinitialiser mon mot de passe ou changer de carte, je ne sais plus... Je les remplis, j'étais agacée mais pas vaincue puisque je décide malgré tout de sortir de l'agence pour tenter (une dernière fois) une des combinaisons qui me venait à l'esprit depuis le reveil. J'entre dans le GAB, j'introduis ma carte, j'entre le code et BINGO!!!

 

C’est mon argent mais j'ai l'impression que j'ai gagné un prix! Je sautille , je chante et là je me dis “Fatim il y a des caméras et donc des gens qui regardent les videos et le vigile peut croire que tu dijonctes et que tu peux représenter un danger pour les autres”. Je sors du GAB et je retourne informer l'agent de banque que tout à coup, le code m'est revenu aussi soudainement que je l'avais oublié. Elle en rit évidemment, c'était trop drôle.

 

>>> A lire Ouagalaisement vôtre!

 

Le cerveau humain est incroyable, c'est fou comme dans ces moments il est capable de puiser dans nos souvenirs des informations enfouies ou refoulées. J'en ai déduit, comme je le savais déjà que mon cerveau travaille mieux sous pression. C'était agaçant mais c'était stimulant et j'ai tellement ri de moi même… en même temps je ne pouvais rien faire d'autre que de réfléchir et de rire. Je n'avais heureusement pas d'urgence vitale, fort heureusement !

 

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By leparisien.fr

 

Le rire est une thérapie. Riez de tout, de rien, de la vie et surtout riez de vous même, ça n'arrange pas toujours les choses mais ça détend et ça, ça n'a pas de prix.

 

>>> A lire 7 jours, 7 expériences, 7 chances !

 

Et vous, quand avez vous ri de vous même pour la dernière fois?

 

Excellent week-end en rires et en joies!

 

Tim


26/01/2018
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Tolérance, galanterie ou culture ?

 

Image by pbs.twimg.com/media 

 

Ma belle soeur chérie Yolande m'a dit une fois que la conduite en milieu urbain devrait faire partie des tests de recrutement pour mieux connaître la personnalité des candidats qui postulent pour un emploi. Ce serait pour révéler et mesurer la patience, la fidélité, la constance, le stress et la courtoisie du conducteur... Je pense comme elle, que la conduite peut permettre de comprendre un peu mieux le caractère d'une personne.

 

>>> A lire Plaisir d'offrir, joie de recevoir !

 

Je suis impatiente de nature (et je me soigne), mais en circulation je suis plutôt tolérante. Loin d'en faire une généralité, je connais de nombreuses personnes nerveuses qui sont d'un calme olympien en circulation et je connais aussi des personnes calmes qui sont méconnaissables et très irritables dans la même situation. Cela est il signe d'intolérance, de manque de courtoisie ou de galanterie ?

 

>>> A lire La patience, un chemin d'or ?

 

A Bamako je retrouve un peu cette "forme" de galanterie ou de courtoisie envers les femmes qu'à Dakar que je ne trouve pas à Ouagadougou.  Malgré la dangerosité de la conduite dans ces deux premières capitales , à Bamako par exemple, quand des enfants, des personnes âgées ou des femmes en particulier et même des hommes, veulent traverser la route (à pieds surtout), ils lèvent la main bien haut pour demander l'arrêt des conducteurs et en général ces derniers s'arrêtent. Les policiers ou des agents de circulation les aident également parfois. A Ouaga si tu lève la main pour traverser la route, sans stress, en espérant que les conducteurs s'arrêtent il est possible que tu te retrouves au sol les quatres membres en l'air avec en prime des injures... J'exagère peut être un peu, mais ce n'est pas loin de la réalité. 

 

>>> A lire Dakar, Kampala, Libreville puis Antananarivo! 11 ans loin de chez moi...

 

A Dakar par exemple où j'étais étudiante (2004-2009 et j'espère que ça n'a pas changé depuis), quand je montais dans un bus et qu'il n'y avait plus de places assises, un homme se levait toujours pour me laisser sa place (sans contrepartie aucune et sans demander mon numéro), pareil pour les personnes âgées et évidemment les femmes enceintes. C'était pareil dans les guichets de banques, les agences des sociétés d'eau et d'électricité. Il y avait même des rangs spéciaux pour les personnes du troisième âge, ce qui conduisaient certains jeunes cadres à remettre leurs factures à leurs parents pour les régler afin de ne pas passer la journée dans un rang. C'était plutôt attendrissant de voir ces retraités transformer certaines agences en lieux de retrouvailles et de causeries. Ce respect pour les personnes âgées et cette forme de galanterie m'ont toujours touché.

 

Comme à Dakar, à Bamako des hommes (qui ne sont pas agents de sécurité) que je ne connais ni d'Ève ni d'Adam me tiennent la porte au super marché, à la boulangerie, etc. Ils s'arrêtent souvent pour que je traverse la route à pieds ou en voiture. La tolérance appelle la tolérance, la galanterie aussi, je m'efforce de le faire depuis pour d'autres (femmes ou hommes) quand je peux et où que je sois. Est ce seulement de la tolérance ou de la galanterie? Est ce culturel dans ces pays? 

 

>>> A lire Yala, d'un M à un autre!

 

A Ouaga cela m'arrive très rarement et quand je tiens la porte pour que la personne après moi entre dans un lieu, elle me prend le plus souvent pour "un portier", parce que pour ces personnes elles ne m'ont rien demandé et c'est parce que je veux que je tiens cette porte pour eux, aucun merci, parfois même aucun regard, la personne est même capable de te bousculer au passage. Ce nest pas encourageant mais je pense que c'est parce que ces personnes ne sont pas habituées à la tolérance et à la galanterie. Quand dans une société certains usages ne sont pas fréquents, les habitants ne peuvent pas y être habitués. A Libreville par exemple quand tu es enceinte, la majorité des gens prend soin de toi comme un oeuf, dans les services privés comme publics. Quand un(e) ouagalais(e) me cède le passage ou je me tiens la porte (enceinte ou pas) je dis MERCI et je me dis toujours à moi même "lui ou elle as voyagé". 

 

>>> A lire Incivisme au Burkina : entre Yaré et défiance

 

Ma mère et des tantes m'ont raconté ces histoires similaires où, à la Mecque, pendant le pèlerinage, des chauffeurs de bus (arabes) qui conduisent les pèlerins burkinabè, arrêtent leurs bus et refusent de démarrer leurs véhicules tant que toutes les femmes ne sont pas assises. Pourquoi ? Et bien parce que à l'arrivée du bus les hommes Burkinabè bousculaient les femmes pour y monter et avoir des places assises. Certaines femmes sont poussées aux sols, tombent et se blessent et comme je l'entends parfois moi même à Ouaga ils disent " c'est parce que tu peux que tu es venue ici". Si ça peut se passer dans un lieu saint où ils partent pour prier, se faire pardonner et se rapprocher d' Allah, vous imaginez ce qui se passe sous le soleil de Ouagadougou ? Pour eux l'égalité (tant recherchée) ne va pas de pair avec la galanterie. Être galant est même souvent vu comme si signe de faiblesse. 

 

>>> A lire Ouagalaisement vôtre!

 

Paradoxalement, les femmes burkinabè ont plus de droits que les maliennes (je ne saurai le dire pour les sénégalaises), dans le code des personnes et de la famille notamment. Au Mali ils ont voulu inscrire il y'a quelques années, comme ça l'est au Burkina, dans ce même code "en l'absence du mari, la femme est le chef de famille" et cela a provoqué un levé de bouclier dans la société, des marches ont été organisées et des stades ont été remplis par des religieux et d'autres personnalités pour dénoncer ce nouveau statut qu'obtiendrait les femmes. La loi n'est pas passée. Au Mali comme au Sénégal, plusieurs générations vivent sous le même toit, la femme est consciemment et inconsciemment placée sous la responsabilité de l'homme qui doit en prendre soin. Poids de la religion? Culture? Est ce pour cela que cette galanterie s'exprime ainsi dans la sphère publique dans ces pays?

 

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Princesse Yennenga by black-feelingscom 

 

Les femmes burkinabè sont des battantes c'est vrai, nos parents nous répètent souvent "ton premier mari c'est ton travail", c'est vrai. C'est vrai aussi que l'éducation qu'on nous inculque nous apprend, nous femmes burkinabè, à ne pas dépendre d'un homme, à ne compter que sur nous même. Les choses et les moeurs changent mais cela reste la philosophie de nombreuses personnes. De ce fait, comme nous exigeons peu des hommes, ils nous donnent peu. Messieurs, un peu plus de douceur et de galanterie de votre part nous feraient le plus grand bien. Essayez vous verrez! Ce n'est pas un signe de faiblesse que d'être galant c'est même au contraire une forme de confiance et de sécurité intérieure. Honorée une personne s'est d'abord et avant tout s'honorer soi-même. 

 

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 Image by mrafropolitan.com 

 

Mesdames, en attendant ce sursaut de galanterie, à nous d'élever nos fils dans le respect de la femme. A nous de les amener à traiter leurs soeurs, leurs mères, leurs amies et leurs épouses avec tolérance, courtoisie et galanterie. A nous de leur apprendre qu'on  doit respecter les personnes âgées, qu'on peut tenir la porte et la portière pour laisser passer ou sortir une femme, qu'on doit avoir de la compassion pour une femme qui porte la vie et pour les personnes vulnérables. A nous de nous battre pour un plus grand respect de nos filles par leurs frères, amis et conjoints. Tout commence à la maison, la société est le miroir des ménages. Le respect s'apprend, le respect s'acquiert, le respect s'impose, le respect se transmet aussi Mesdames! 

 

>>> A lire Tu es fort(e) toi....

 

Merci à tous ces hommes qui respectent nos droits, nous respectent et nous traitent comme des reines malgré tout, vous êtes des rois. La tolérance, la courtoisie et la galanterie sont contagieuses, quand elles sont pratiquées dans une société elles deviennent un comportement, une habitudes, une identité. Nous nous acheminons vers les fêtes de fin d'année où les villes et les campagnes sont en effervescence, si chacun de nous décide d'être un peu plus tolérant en circulation comme dans la vie courante, à être courtois et galant envers ses semblables nous passerons tous et toutes de merveilleuses fêtes! D'avance MERCI!

 

>>> A lire Et si j'essayais?

 

Excellentes fêtes !

 

Tim 

 

 


22/12/2017
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Il pleut sur Ouagadougou...

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Le 13 Août 2017 mon cher et beau pays a connu un énième et sanglant attentat et le second sur notre si belle avenue Kwame Nkrumah. Le lendemain il a plu sur la capitale Burkinabè et dès le réveil ces mots me sont venus :  

 

Il pleut sur Ouaga, comme pour laver cette nuit d'horreur.
Il pleut sur Ouaga, comme pour rincer nos larmes et rafraîchir nos coeurs meurtris.
Il pleut sur Ouaga pour adoucir l'air alourdi par nos supplications et nos douleurs.
Il pleut sur Ouaga pour dissiper ce brouillard intérieur de questionnement qui nous assaille.
Il pleut sur Ouaga pour que puisse dormir ceux qui ont veillé et combattu hier sur tous les fronts pour nous défendre et nous informer.
Il pleut sur Ouaga pour que malgré la douleur les blessés et les familles des victimes voient que même le ciel pleure avec eux.
Il pleut sur Ouaga, pour que léger et doux, soit le repos de ces vies surprises d'être parties.
Il pleut sur Ouaga et malgré cet horreur vous n'aurez pas ma haine.
Il pleut sur Ouaga et puisse Dieu être et demeurer notre bouclier...
Prenez le temps de dire à ceux que vous aimez que vous les aimez.
 
Bref il a plu sur Ouagadougou...
Il n'y pleut plus depuis et d'autres attentats ont endeuillé des familles burkinabè dans le nord du pays.
Rien n'efface se sentiment d'injustice et d'impuissance. 
Il ne pleut plus sur Ouaga mais une pluie de questionnements s'abat toujours sur nous...
 
Tim 

19/10/2017
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Une vie de lagaré !

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On nous appelle lagaré (dioula), benjamin(e), kôdaadjo (fulfuldé), pa yaouguin (mooré), thiat (wolof)... Nous sommes les plus jeunes de la fratrie, nous n'avons pas de petit frère ou de petite sœur. Nous sommes souvent "les enfants de la retraite" comme on dit, ceux qui restent avec les parents quand les aînés prennent leur envol. Il parait que certains d'entre nous sont pourris gâtés, je dis certains parce-que je ne me sens pas concernée par cette affirmation. Je n'ai pas été pdisponiblesée, oh que non! J'ai été choyée, nuance!

 

>>>  A lire Baisse de rentabilité scolaire: et si ce n'était pas que de la paresse?

 

Les parents nous ont souvent tard, ils sont donc plus pondérés, plus calmes avec nous, plus attentifs, moins sévères, ils sont parfois plus nantis et surtout ils ont déjà testé sur les aînés toutes les formes d'éducation qu'ils connaissent et savent ce qui marche ou pas. Ils savent et nous aussi, que nous sommes ceux qui passeront le moins d'années de vie avec eux (c'est une triste réalité) donc ils laissent passer beaucoup de choses. Cependant, certains peuvent réagir différemment car avoir un jeune enfant dans les pieds alors qu'on a plus acheté de couches depuis 10 ans et qu'on est parfois même déjà grands parents, ça peut être irritant.

 

Quoi qu'il en soit "pourrir" son enfant quelque soit son rang dans la fratrie c'est le rendre dépendant de vous et lui réserver un avenir difficile. Comme le dit ma mère "si tu refuses de voir ton enfant pleurer aujourd'hui pour son bien, c'est toi qui risque de pleurer demain à cause de lui". 

 

>>> A lire Bébé dévient grand - frère ou grande soeur, le rôle des parents.

 

Je suis la benjamine d'une grande famille. Il y'a 20 ans entre l'aînée et moi et un peu plus de 12 ans entre l'avant dernière et moi. Autant vous dire que je n'étais pas, mais pas du tout, dans le plan de vie ni de mes parents ni de mes frères et soeurs... Pourtant me voilà pour le plus grand bonheur de tous (oui là j'opte volontairement pour le manque de modestie) ! Certaines tantes m'appellent affectueusement "lagaré dogoni" (petite soeur de la benjamine), c'est vous dire...

 

J'ai eu la chance d'être élevée par mes parents, ma grand-mère maternelle et mes frères et soeurs. Je vous parlerai en temps voulu de mon incroyable grand-mère sur les pieds de laquelle j'exigeais de m'asseoir pour prendre mon petit déjeuner tous les matins avant d'aller à l'école. Quand on a la chance il faut savoir en profiter! Philosophie de lagaré: on ne perd jamais le nord quand il s'agit de nos intérêts!

 

Quel genre de petite fille j'étais ? Mes parents disaient que j'avais un regard malicieux. Ils m'ont eu tard et certaines rumeurs ont à l'époque, attribué ma paternité et ma maternité à certains de mes aînés, d'autres l'ont revendiqué tous seuls. Dans tous les cas ils sont tous mes parents car ayant tous participé à mon éveil et à mon éducation. 

 

Ma mère me raconte toujours cette histoire que je lui racontais étant enfant en ces termes: "tu sais maman je voulais venir depuuiiis chez toi mais à chaque fois un de mes aînés (en citant leurs prénoms) me demandais de le laisser passer d'abord et j'acceptais. Un jour, j'ai voulu moi aussi venir et j'ai poussé, poussé, poussé et je suis arrivée". Imagination fertile d'une petite fille ou programmation divine sur mon arrivée? Ce qui est certain c'est que je voulais être là, dans cette famille et nul part ailleurs.

 

Être lagaré c'est donc avoir un rang à tenir, c'est respecter tout le monde et connaitre sa place et dans ce cas, les portes du paradis terrestres vous sont ouvertes, en entendant je l'espère, celles celestes Clin d'œil. Je l'ai compris très tôt... Une de mes grandes soeurs, celle qui s'est le plus occupée de moi étant enfant a appelé le salon de coiffure qu'elle avait à l'époque " Fatim Couture ", son unique enfant est une fille, qui me prend d'ailleurs pour sa grande soeur, à juste titre. Ma fille aînée porte le prénom de cette soeur, c'était complètement logique pour moi mais du coup elle laisse tout passé à ma fille comme une grand-mère... Mon fabuleux père m'a appris la gratitude et la reconnaissance et c'est une valeur que je porte fièrement.

 

>>> A lire Mon père, mon héros!

 

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Être lagaré c'est ne pas avoir de programme fixe parce-que les parents et les aînés ont en général leurs programmes dans notre pauvre petit emploi du temps. Tant qu'ils nous voient c'est que nous sommes forcément disponibles. Ma soeur aînée a le pouvoir de vous planifier une journée de 8h à 20h sur une semaine (voire plus) avec un chronogramme claire et précis de vos activités. Elle n'est pas la seule mais c'est elle qui excelle dans ce domaine, c'est un de ses nombreux talents mais sa générosité légendaire est un excellent boosteur de motivation. Vous voulez savoir comment faire les courses et les commissions de plusieurs personnes dans la même journée à travers la ville de Ouagadougou sur une moto ? Contactez moi. 

 

L'un de mes grand frère (qui se reconnaîtra) m'a dit, alors que j'étais déjà à l'Université à Dakar et que je negociais mon indépendance ou au moins une autonomie réelle "Fatim tu es indépendante mais pas souveraine". Après ça j'ai abandonné les négociations, je serai toujours pour eux, la benjamine quelque soit mon âge et ma situation. Ils n'arrivent toujours pas à croire que je suis mariée et que j'ai des enfants et ils me le rappellent à chaque fête des mères. 

 

>>> A lire La patience, un chemin d'or ?

 

Être lagaré c'est être la nounou officielle des neveux et nièces, c'est comme ça, on ne vous demande pas votre avis. Pour moi c'était un plaisir même si ce n'était pas de tout repos. C'est accompagner les enfants dans les sorties (concerts, manèges, spectacles, anniversaires,etc.), les garder ainsi que la maison quand ils sont seuls, les baigner, les moucher, les nettoyer, les amuser, les dorloter,... Bref tout ce que les aînés ont pu faire pour nous. C'est extrêmement formateur et je crois que ma passion pour le coaching vient d'eux parce-qu'ils savent qu'ils peuvent m'appeler ou m'écrire à n'importe quel moment du jour et de la nuit pour m'expliquer leurs problèmes ou pour partager leurs joies et leurs doutes. Ils ne s'en privent absolument pas d'ailleurs.

 

Il y'a 5 ans entre mes premiers neveux et moi et j'ai dû exigé le "tata Fatim" pour que chacun se rappelle de sa place. C'est important quand même! N'empêche que les plus âgés me prennent pour leur soeur aînée. L'avantage est qu'ils sont les aînés de mes enfants, qu'ils promènent, changent, amusent et baignent,... La roue tourne et un(e) lagaré qui comprend cela vivra bien. 

 

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Être lagaré c'est avoir plusieurs sources de revenus et d'argent de poche. C'est entendre avec plaisir "garde la monnaie" ou "prends ça pour mettre l'essence" après les courses ou souvent juste pour le plaisir d'offrir. Je vous l'ai dit un lagaré qui comprend son rang, sa valeur et son pouvoir est disponible et intelligent. Pour ma part je ne me fâche pas par exemple pour un anniversaire oublié. Pourquoi ? Et bien parce-que la culpabilité est plus grande quand les aînés s'en souviennent après la date et donc le cadeau aussi. 

 

Être lagaré c'est avoir autant d'alibis et de complices que de frères et sœurs et tout autant de supporteurs, de défenseurs et de détectives à ses trousses. C'est aussi pour nous, être protégés et parfois sur-protégés, c'est pouvoir compter sur nos aînés quoi qu'il arrive. En général (et je le considère comme un avantage), nos conjoint(e)s reçoivent de notre famille des conseils chaleureux mais qui peuvent ressembler à des menaces voilées (ou pas). Comprenez qu'ils ne nous ont pas choyé pour que d'autres nous traumatisent, c'est logique !

 

Chers collègues lagaré, un(e) lagaré heureux(se) est avant tout une personne respectueuse, disponible, reconnaissante, innovante, autonome et reflechie. Une personne qui s'inspire de ses aînés et qui fait la fierté de la fratrie. La paresse, la dépendance, l'insolence , l'envie et l'attentisme ne mènent à rien de durable. Nos parents nous élèvent parfois comme leur premier petit enfant, nous sommes les premiers enfants de nos aînés mais nous sommes et seront aussi les premiers grands frères et soeurs des leurs, les tatas et tontons sympas et toujours disponibles. Cela implique des responsabilités et des attentes qu'il ne faut pas décevoir. 

 

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A tous les oncles, tantes, cousins, cousines, et amis de nos frères et soeurs MERCI! Merci pour ces commentaires affectueux en public (souvent devant les amis, le conjoint ou même nos enfants): "ehh c'est pas vrai? C'est toi qui a grandi comme ça ? Mais on était à ton baptême!". Effectivement, nos baptêmes furent à l'entendre, inoubliables pour beaucoup. Merci car même si nous nous sentons surveillés, scrutés où que nous soyons, nous nous sentons surtout protégés par vous tous. Où que j'aille en expatriation, je rencontre toujours une personne qui connait un de mes aînés et qui me traite comme sa petite soeur. Ça n'a pas de prix!

 

A tous nos parents et grands parents, MERCI pour l'éducation. MERCI de nous avoir aimé, porté, supporté, corrigé, guidé et inspiré! 

 

À nos chers frères et soeurs, MERCI pour l'éveil et l'apprentissage. MERCI  d'avoir pris sur vous nos égarements, nos écarts de langages, nos fautes, nos dérives et nos déboires. MERCI d'avoir essuyé nos larmes et d'avoir éloigné nos doutes. MERCI pour toutes les punitions subies mais qui nous étaient destinées, pour toutes les erreurs que vous nous avez évité de commettre. MERCI pour les alibis fournis, les innombrables cadeaux, l'argent de poche, de l'essence, des sorties... MERCI de nous avoir appris le style et les bonnes manières. MERCI de nous inciter toujours à faire mieux, de booster nos ambitions et de participer à notre réussite! MERCI d'être là pour nous encore et toujours et surtout INFINIMENT MERCI pour l'inspiration! 

 

Dédicace à tous mes collègues benjamins d'une famille et à tous ceux qui se reconnaîtrons à travers ces lignes Rigolant

 

 

Tim, une lagaré très très reconnaissante.

 


07/04/2017
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