Timworld, les aventures multiculturelles d'une jeune maman

Timworld, les aventures multiculturelles d'une jeune maman

Les hirondelles de mon enfance

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[i][i]Tout petit, je traînai à longueur de journée derrière les jupes de ma mère, elle fut mon premier contact avec un monde dont je commençai à peine à connaitre, elle fut aussi ma protection face à ses mystères, tout autour de moi. Un prolongement inconnu, au-delà des dimensions que put prendre ma petite
silhouette de bambin et il me fit si peur.  
Je n’osai guère m’éloigner de près d’elle, de crainte de ces créatures du balcon, elles me terrorisent tout le temps, par leur bruit et gazouillement interminables. Comme si notre balcon cessa de nous appartenir, ou, on eut d’étranges voisins, à qui, personne ne prêta nulle attention, ni mes parents ni ma sœur aînée, en fait, je compris mal ce qui se passa, je fus le seul à s’interroger sur leur présence et
à ne pas les accepter chez nous, sans chercher à les approcher de moins les voir.
Mes limites territoriales furent bien tracées, je ne pus guère dépasser le seuil de la fenêtre menant à ce maudit balcon, pourvu que l’une de ces nuits, ne décidèrent d’envahir la maison pendant mon sommeil. C’est l’idée avec laquelle je dormis et me hanta pour des nuits entières.
Ce fut un soir de printemps, pendant le séjour de ma grand-mère paternelle chez nous, comme par miracle elle rompit le silence autour de ces intrus. Une vieille ‘‘hadja’’ qui fit bien son âge, elle, qui ait vécu assez longtemps pour connaitre tout les secrets de la vie dont la parole fut indiscutable.
Dans un ton à la fois fabuleux et plein de mystères, elle aborda leur sujet. Entre l’imagination de l’enfant que je fus et la réalité d’une vieille, qui vécut toujours entre les deux mondes, celui des calèches et des machines à vapeur d’autres fois et le notre, l’époque des premiers transistors et postes téléviseurs en
noir et blanc. Je fus stupéfait d’entendre ces récits, comme si elle les eut tout prêts au bout de sa langue pour cette occasion.

Combien fus-je bouleversé de voir son parti déjà pris, envers ces intrus. Mais je demeurai attentif et prudent à ses contes, parlant d’elles. Elle les appela les messagères des lieux saints, elles portèrent même du henné autour du cou comme signe sacré poursuivit-elle.
Combien furent ma surprise et ma confusion de ses révélations, elle raconta, avec tant de fermeté et d’ardeur, elle, qui eut l’occasion de les avoir déjà approchées dans les lieux saints, elle sut de quoi elle parla. A bien la croire et je ne pus faire autrement, vu mes connaissances de môme, lesquelles n’eurent jamais dépassé l’intérieur de chez nous. Elle affirma que si ces créatures eurent choisi notre maison, ce n’eut pas le hasard qui les conduisit, c’est pour remplir une mission divine et l’on eut la bénédiction des lieux saints d’être les seuls choisis parmi tous nos voisins du quartier.
Combien fus-je désillusionné et déçu de mon attitude et de moi-même, d’avoir voulu les chasser de chez nous et leur déclarer la guerre au jet de cailloux, si j’eus juste un petit courage de gamin à jupes à maman.
Depuis ce soir là, leur présence devint si appréciée par tout le monde, elles firent notre fierté, quoique pour moi, le moment de changer les frontières ne fut pas mes priorités, en fait, je mis du temps pour me remettre et reprendre le dessus sur ma peur et accéder au balcon.
Des années et des années se succédèrent, des classes de la maternelle aux bancs de l’université, beaucoup de choses furent changées en moi. Je fus occupé à découvrir le monde comme s’il ne s’offrit qu’à moi seul, entre l’incompréhension et la complexité de mon adolescence et la folie de ma jeunesse,  j’admirai la personne que je devins  au fil du temps, je me crus invulnérable.
Pour des raisons dont je ne me souvins pas, on dut déménager et quitter notre ancienne demeure, car à cette époque là, je fus passionné et dévoué à l’étendue d’un nouvel horizon qui s’ouvrit à moi.
Quand la maturité m’approcha et la sagesse commença à me frôler, sans y avoir pensé, ce fut un besoin irrésistible de revoir certains de mes fondements et repères, qui me furent propres et qui durent avoir des conséquences sur l’homme que j’allai devenir.
Maintes fois l’histoire des hirondelles surgit et me revint, comme si par là où tout devrait commencer pour moi, je veux dire l’histoire de ma vie. Je décidai de retourner à mon vieux quartier pour voir mes anciens amis et demander après ces hirondelles et ce qu’elles furent devenues depuis le temps. Elles ne furent plus là, personne ne les vit partir et nul ne sut depuis quand elles n’y furent plus.
J’imaginai qu’elles furent parties vers d’autres lieux meilleurs, où elles furent traitées comme elles se durent.

Désenchanté et déçu tout comme autrefois, sur le sort de cette partie de mon enfance, que je ne pourrai jamais récupérer, dans un profond soupir je m’interrogeai sur ce dont je vais devenir sans elles et sur ce que je pourrai raconter, à mon tour, à mes enfants, sur ces messagères des lieux saints, probablement ils n’auront jamais l’occasion de les connaitre.
C’est ainsi que mon histoire a commencé entre réalité et superstition, elle s’achève avec la perte de mes repères en ce monde auquel nous appartenons, les hirondelles les ont emportés avec elles.
Depuis,je n’ai cessé de revivre chaque instant de ma vie, j’étais stupéfait de me rendre compte de ce que je laissai passer ; ces cigognes qui nichaient sur le haut du bâtiment de notre mairie, ces mésange qui habitaient les moindres orifices des arbres longeant le grand boulevard et tant d’autres à qui je ne fis
attention dans mon jeune âge.

Je réalise, en fait, combien on est si loin de notre monde, qui a bel et bien existé avant nous et il se portait bien avant et sans nous. On lui a fait subir le pire de nos zèles et à ses autres habitants avec, sous prétexte d’assurer notre pérennité et la survie de notre espèce, avec toutes les médiocrités qu’on
a pu inventer par la suite. C’est la politique de la  suprématie du dominant dans ses formes les plus affreuses. 

Comment peut-on se prétendre préserver l’humanité au détriment de notre propre patrimoine,
comment arrivera-t-on à garder le peu qui nous reste à sauver et qui doit être partagé avec d’autres, avant qu’ils aient eux aussi le même sort que mes pauvres hirondelles. 
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Dernière modification le samedi 28 Mai 2016 à 09:17:23

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