Timworld, les aventures multiculturelles d'une jeune maman

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Une vie de lagaré !

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On nous appelle lagaré (dioula), benjamin(e), kôdaadjo (fulfuldé), pa yaouguin (mooré), thiat (wolof)... Nous sommes les plus jeunes de la fratrie, nous n'avons pas de petit frère ou de petite sœur. Nous sommes souvent "les enfants de la retraite" comme on dit, ceux qui restent avec les parents quand les aînés prennent leur envol. Il parait que certains d'entre nous sont pourris gâtés, je dis certains parce-que je ne me sens pas concernée par cette affirmation. Je n'ai pas été pdisponiblesée, oh que non! J'ai été choyée, nuance!

 

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Les parents nous ont souvent tard, ils sont donc plus pondérés, plus calmes avec nous, plus attentifs, moins sévères, ils sont parfois plus nantis et surtout ils ont déjà testé sur les aînés toutes les formes d'éducation qu'ils connaissent et savent ce qui marche ou pas. Ils savent et nous aussi, que nous sommes ceux qui passeront le moins d'années de vie avec eux (c'est une triste réalité) donc ils laissent passer beaucoup de choses. Cependant, certains peuvent réagir différemment car avoir un jeune enfant dans les pieds alors qu'on a plus acheté de couches depuis 10 ans et qu'on est parfois même déjà grands parents, ça peut être irritant.

 

Quoi qu'il en soit "pourrir" son enfant quelque soit son rang dans la fratrie c'est le rendre dépendant de vous et lui réserver un avenir difficile. Comme le dit ma mère "si tu refuses de voir ton enfant pleurer aujourd'hui pour son bien, c'est toi qui risque de pleurer demain à cause de lui". 

 

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Je suis la benjamine d'une grande famille. Il y'a 20 ans entre l'aînée et moi et un peu plus de 12 ans entre l'avant dernière et moi. Autant vous dire que je n'étais pas, mais pas du tout, dans le plan de vie ni de mes parents ni de mes frères et soeurs... Pourtant me voilà pour le plus grand bonheur de tous (oui là j'opte volontairement pour le manque de modestie) ! Certaines tantes m'appellent affectueusement "lagaré dogoni" (petite soeur de la benjamine), c'est vous dire...

 

J'ai eu la chance d'être élevée par mes parents, ma grand-mère maternelle et mes frères et soeurs. Je vous parlerai en temps voulu de mon incroyable grand-mère sur les pieds de laquelle j'exigeais de m'asseoir pour prendre mon petit déjeuner tous les matins avant d'aller à l'école. Quand on a la chance il faut savoir en profiter! Philosophie de lagaré: on ne perd jamais le nord quand il s'agit de nos intérêts!

 

Quel genre de petite fille j'étais ? Mes parents disaient que j'avais un regard malicieux. Ils m'ont eu tard et certaines rumeurs ont à l'époque, attribué ma paternité et ma maternité à certains de mes aînés, d'autres l'ont revendiqué tous seuls. Dans tous les cas ils sont tous mes parents car ayant tous participé à mon éveil et à mon éducation. 

 

Ma mère me raconte toujours cette histoire que je lui racontais étant enfant en ces termes: "tu sais maman je voulais venir depuuiiis chez toi mais à chaque fois un de mes aînés (en citant leurs prénoms) me demandais de le laisser passer d'abord et j'acceptais. Un jour, j'ai voulu moi aussi venir et j'ai poussé, poussé, poussé et je suis arrivée". Imagination fertile d'une petite fille ou programmation divine sur mon arrivée? Ce qui est certain c'est que je voulais être là, dans cette famille et nul part ailleurs.

 

Être lagaré c'est donc avoir un rang à tenir, c'est respecter tout le monde et connaitre sa place et dans ce cas, les portes du paradis terrestres vous sont ouvertes, en entendant je l'espère, celles celestes Clin d'œil. Je l'ai compris très tôt... Une de mes grandes soeurs, celle qui s'est le plus occupée de moi étant enfant a appelé le salon de coiffure qu'elle avait à l'époque " Fatim Couture ", son unique enfant est une fille, qui me prend d'ailleurs pour sa grande soeur, à juste titre. Ma fille aînée porte le prénom de cette soeur, c'était complètement logique pour moi mais du coup elle laisse tout passé à ma fille comme une grand-mère... Mon fabuleux père m'a appris la gratitude et la reconnaissance et c'est une valeur que je porte fièrement.

 

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Être lagaré c'est ne pas avoir de programme fixe parce-que les parents et les aînés ont en général leurs programmes dans notre pauvre petit emploi du temps. Tant qu'ils nous voient c'est que nous sommes forcément disponibles. Ma soeur aînée a le pouvoir de vous planifier une journée de 8h à 20h sur une semaine (voire plus) avec un chronogramme claire et précis de vos activités. Elle n'est pas la seule mais c'est elle qui excelle dans ce domaine, c'est un de ses nombreux talents mais sa générosité légendaire est un excellent boosteur de motivation. Vous voulez savoir comment faire les courses et les commissions de plusieurs personnes dans la même journée à travers la ville de Ouagadougou sur une moto ? Contactez moi. 

 

L'un de mes grand frère (qui se reconnaîtra) m'a dit, alors que j'étais déjà à l'Université à Dakar et que je negociais mon indépendance ou au moins une autonomie réelle "Fatim tu es indépendante mais pas souveraine". Après ça j'ai abandonné les négociations, je serai toujours pour eux, la benjamine quelque soit mon âge et ma situation. Ils n'arrivent toujours pas à croire que je suis mariée et que j'ai des enfants et ils me le rappellent à chaque fête des mères. 

 

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Être lagaré c'est être la nounou officielle des neveux et nièces, c'est comme ça, on ne vous demande pas votre avis. Pour moi c'était un plaisir même si ce n'était pas de tout repos. C'est accompagner les enfants dans les sorties (concerts, manèges, spectacles, anniversaires,etc.), les garder ainsi que la maison quand ils sont seuls, les baigner, les moucher, les nettoyer, les amuser, les dorloter,... Bref tout ce que les aînés ont pu faire pour nous. C'est extrêmement formateur et je crois que ma passion pour le coaching vient d'eux parce-qu'ils savent qu'ils peuvent m'appeler ou m'écrire à n'importe quel moment du jour et de la nuit pour m'expliquer leurs problèmes ou pour partager leurs joies et leurs doutes. Ils ne s'en privent absolument pas d'ailleurs.

 

Il y'a 5 ans entre mes premiers neveux et moi et j'ai dû exigé le "tata Fatim" pour que chacun se rappelle de sa place. C'est important quand même! N'empêche que les plus âgés me prennent pour leur soeur aînée. L'avantage est qu'ils sont les aînés de mes enfants, qu'ils promènent, changent, amusent et baignent,... La roue tourne et un(e) lagaré qui comprend cela vivra bien. 

 

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Être lagaré c'est avoir plusieurs sources de revenus et d'argent de poche. C'est entendre avec plaisir "garde la monnaie" ou "prends ça pour mettre l'essence" après les courses ou souvent juste pour le plaisir d'offrir. Je vous l'ai dit un lagaré qui comprend son rang, sa valeur et son pouvoir est disponible et intelligent. Pour ma part je ne me fâche pas par exemple pour un anniversaire oublié. Pourquoi ? Et bien parce-que la culpabilité est plus grande quand les aînés s'en souviennent après la date et donc le cadeau aussi. 

 

Être lagaré c'est avoir autant d'alibis et de complices que de frères et sœurs et tout autant de supporteurs, de défenseurs et de détectives à ses trousses. C'est aussi pour nous, être protégés et parfois sur-protégés, c'est pouvoir compter sur nos aînés quoi qu'il arrive. En général (et je le considère comme un avantage), nos conjoint(e)s reçoivent de notre famille des conseils chaleureux mais qui peuvent ressembler à des menaces voilées (ou pas). Comprenez qu'ils ne nous ont pas choyé pour que d'autres nous traumatisent, c'est logique !

 

Chers collègues lagaré, un(e) lagaré heureux(se) est avant tout une personne respectueuse, disponible, reconnaissante, innovante, autonome et reflechie. Une personne qui s'inspire de ses aînés et qui fait la fierté de la fratrie. La paresse, la dépendance, l'insolence , l'envie et l'attentisme ne mènent à rien de durable. Nos parents nous élèvent parfois comme leur premier petit enfant, nous sommes les premiers enfants de nos aînés mais nous sommes et seront aussi les premiers grands frères et soeurs des leurs, les tatas et tontons sympas et toujours disponibles. Cela implique des responsabilités et des attentes qu'il ne faut pas décevoir. 

 

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A tous les oncles, tantes, cousins, cousines, et amis de nos frères et soeurs MERCI! Merci pour ces commentaires affectueux en public (souvent devant les amis, le conjoint ou même nos enfants): "ehh c'est pas vrai? C'est toi qui a grandi comme ça ? Mais on était à ton baptême!". Effectivement, nos baptêmes furent à l'entendre, inoubliables pour beaucoup. Merci car même si nous nous sentons surveillés, scrutés où que nous soyons, nous nous sentons surtout protégés par vous tous. Où que j'aille en expatriation, je rencontre toujours une personne qui connait un de mes aînés et qui me traite comme sa petite soeur. Ça n'a pas de prix!

 

A tous nos parents et grands parents, MERCI pour l'éducation. MERCI de nous avoir aimé, porté, supporté, corrigé, guidé et inspiré! 

 

À nos chers frères et soeurs, MERCI pour l'éveil et l'apprentissage. MERCI  d'avoir pris sur vous nos égarements, nos écarts de langages, nos fautes, nos dérives et nos déboires. MERCI d'avoir essuyé nos larmes et d'avoir éloigné nos doutes. MERCI pour toutes les punitions subies mais qui nous étaient destinées, pour toutes les erreurs que vous nous avez évité de commettre. MERCI pour les alibis fournis, les innombrables cadeaux, l'argent de poche, de l'essence, des sorties... MERCI de nous avoir appris le style et les bonnes manières. MERCI de nous inciter toujours à faire mieux, de booster nos ambitions et de participer à notre réussite! MERCI d'être là pour nous encore et toujours et surtout INFINIMENT MERCI pour l'inspiration! 

 

Dédicace à tous mes collègues benjamins d'une famille et à tous ceux qui se reconnaîtrons à travers ces lignes Rigolant

 

 

Tim, une lagaré très très reconnaissante.

 



07/04/2017
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